ATELIER

Processus créatif ;

Le chantier ou  la maison sculpture

 

           Le parcours de ma création commence dans la rue. En effet, c’est entre contraintes et nécessités que la chasse aux matériaux s’est installée progressivement dans mon processus créatif. Me laissant ainsi prendre au jeu de l’adaptation, une grande liberté de création s’est précisée dans mon activité artistique. Cette liberté ; induite par le matériau recyclé, appuyée par l’ouverture aux possibles, constitue une véritable structure de l’éveil, dans un processus de confiance envers l’improbable, l’incongru et l’impensable. Je tisse mon existence, et la vôtre. Je tisse le jamais vu ; de bribes de déjà-vu. Je tisse l’éternel ; tissus de vérité.

     À l’atelier, ma méthode chaotique pousse une mélodie. Elle souffle parfois en confidences des propriétés insoupçonnées ; l’accident y est ici mon meilleur technicien. Ce bric à braque m’informe de la multi-dimensionnalité du matériau. Cette quête d’expérience totale, d’assouvissement des sens, qui m’est possible dans un lieu sans règles ; mon laboratoire. Ce lit, ou s’allonge ma production, régit par ma seule nature, est mon appartement. Je me surprends parfois à dire :

« Je vis chez mon atelier ! »

       En effet, ma demeure, ce lieu que j’habite, accueille ma passion et mon expression. Ce territoire utopique, ce lieu en dehors du temps, se présente à moi comme un laboratoire ou j’éprouve la création. Où serait-ce elle qui m’éprouve? Ma recherche artistique, une approche candide, qui m’émerveille de surprises en découvertes ; produit la sculpture hétérodoxe, dont l’origine est l’objet récupéré. (Morceaux de vêtements et de tissus coupés, tressés, attachés, pneu de bicyclette, objets magiquement rouillés, branches d’arbres, bois flotté, ampoules mortes, etc…) La pérennité ici prise dans son parcours de métamorphose. Éphémère dans son matériau protéiforme. Perrine dans la possibilité d’en construire autre chose. Ainsi, le changement induit par la durée est ce dynamisme qui créer sur mon environnement immédiat, une installation performative, qui étonne toujours les visiteurs.

 » Quand on taille dans le rêve, tout est permit ! « 

                                                                               – Auguste Rodin


 

     En outre, cet espace laboratoire, qui suit mon travail, connait une respiration ; il possède son propre « écosystème ». Mes œuvres sont enfin le fruit que produit ma gestation. Mon œuvre textile a des airs de macramé, de tissage traditionnel aux couleurs exotiques. En effet, l’ailleurs, l’autre, l’inconnu et l’hétéro ; constitue un sujet qui anime ma réflexion existentielle. Ce que je construis est un tumulte texturé et multicolore. Un ramassis d’objets divers, entassés en une masse ; futur quelque chose, ancien autre chose. Un monument écologique à la mémoire des choses caduques. Les objets-débris, dépossédés de leur utilitarisme, autrement dit, de leur raison d’être ; se présentent à moi comme un lieu vacant à investir. Pour paraphraser Heidegger, on peut ajouter que nous devrions apprendre à reconnaître les choses en elles-mêmes comme des lieux, comme des territoires. Ce lieu utopique qu’est mon œuvre présente ses pleins et ses vides, son caractère informe et surchargé propose ainsi au spectateur de s’arrêter, le temps de la contemplation.


 

Voici donc quelques images de cet espace de travail chaotique…

 

Publicités